Quand la douleur devient lumière : mon processus créatif
- mjvalleeartiste
- 20 nov. 2025
- 5 min de lecture
Je lance aujourd'hui cet espace pour vous ouvrir les portes de mon atelier intérieur. Pour partager avec vous non seulement mes œuvres, mais les métamorphoses qui les habitent. Les combats, les douleurs, les alchimies.
Car si mes tableaux tentent de saisir ce qui relie la matière et l'éthéré, c'est d'abord en moi que ce dialogue se fait. Entre l'ombre et la lumière. Entre le chaos et l'équilibre trouvé.
Voici comment naît une œuvre, de la souffrance jusqu'à l'or.
Le chaos originel : la trame de fond de la vie
Mes créations naissent dans la vulnérabilité. Cette peinture avec le nid blotti entre deux mains - elle parle de départ, de perte, peut-être même de mort. Les mains qui ont protégé, soigné, bercé... et qui maintenant doivent laisser partir. Quitter le nid. L'insécurité qui accompagne chaque métamorphose.
Cet arbre déraciné, tenu dans l'énergie avec tant de douceur - comme mes mains qui soignent et créent. Arraché de sa terre, fragile, mais porté avec cette même tendresse que j'offre à mes patients en acupuncture.
Je commence toujours par le fond, avec des pigments et de l'encre à l'alcool qui fusent et coulent sur la toile. Les couleurs se rencontrent, se mélangent, créent leur propre dialogue. Pour moi, ces fluides abstraits évoquent la trame de fond de la vie. Celle que nous connaissons tous mais que nous avons oubliée : l'invisible, le commencement de tout. Le chaos d'où tout émerge.
Quand mon cerveau neurodivergent rencontre la création
Puis arrive la matière plus brute, plus concrète. Le fusain, le graphite, l'acrylique, parfois la plume. C'est à ce moment que je définis le sujet - les mains, le nid, l'arbre et ses racines exposées.
Je pars toujours d'une intention, d'un sujet qui me touche, d'une image de référence - souvent une photo que j'ai prise. Mais jamais de croquis. Jamais de plan rigide. J'improvise au fur et à mesure, guidée par l'énergie qui évolue sur la toile et en moi.
Je suis neurodivergente. Cela transparaît dans ma façon de traiter les sujets - cette recherche intérieure profonde, cette hypersensibilité qui imprègne ma création. Ma manière de créer est chaotique, dépendante de mon ressenti, de mon état intérieur. Parfois, je suis incapable. Le tableau attend. Je l'abandonne, non par choix, mais par nécessité.
En tant que mère d'enfants neuroatypiques, je reconnais cette même intensité dans leurs yeux. Cette façon de ressentir le monde comme si tous les volumes étaient montés au maximum. Cette beauté épuisante d'être si vivant, si présent à chaque sensation.
Cette hypersensibilité me permet de capter les nuances invisibles, de percevoir les liens énergétiques qui nous entourent. Mais elle amène aussi beaucoup de fatigue, de stress. Et du perfectionnisme.
Ces œuvres en particulier - le nid, l'arbre déraciné - sont nées pendant une période où mon propre monde bougeait. Mon fils commençait la maternelle, ma fille le secondaire. Nous étions en plein déménagement. C'était très intense. Mon besoin de repères, mon nid à moi, tout était en mouvement. La peur était là, palpable, à chaque transition.
Dans cette phase, une dissonance intérieure se fait entendre. Ma part sensible et intuitive sait ce qu'elle veut transmettre. Elle voit déjà la lumière possible. Mais ma part blessée ne supporte plus de regarder ce tableau en construction, rempli d'imperfections. Elle juge. Elle se fige dans le perfectionnisme.
Je suis allergique au déni. Je dois voir les angles morts, aller au bout de ce qui me bloque intérieurement avant de pouvoir continuer. C'est plein de résistances que je dois observer en prenant de la hauteur, pour ne pas saboter le processus en cours. Un dialogue silencieux entre celle qui sait et celle qui a peur. Entre l'artiste et la blessure.
Le chemin intérieur : apprivoiser la blessure
C'est alors que commence le véritable travail - pas seulement sur la toile, mais en moi. Je chemine à l'intérieur avec ce sujet qui m'a bouleversée au départ. La perte. Le départ. L'insécurité. Cette peur qui me paralyse parfois.
Parfois, le temps entre le commencement et l'achèvement d'un tableau peut être très long. Parce que tant que ma métamorphose intérieure stagne, l'œuvre ne peut évoluer non plus. Elle devient le miroir fidèle de mes blocages, de mes résistances. Elle attend, patiente, que je sois prête à avancer.
Je transforme ce qui me blesse. Je lui donne de l'amour. Je le guéris. Mes mains d'acupunctrice connaissent ce processus - localiser la douleur, l'accompagner, permettre à l'énergie de circuler à nouveau. Sur la toile, c'est pareil. Je ne cherche pas à effacer la souffrance, mais à lui permettre de trouver son équilibre.
Dans l'obscurité de nos combats intérieurs, il existe toujours une lumière subtile - celle de notre dignité, de notre capacité à nous relever, à réinventer nos possibles.
Et puis un jour, cela suffit. Je l'ai apprivoisé. Je l'aime tel qu'il est, avec ses imperfections, ses zones d'ombre et ses éclaboussures imprévues. Mon perfectionnisme s'apaise enfin.
La révélation : quand l'ombre accueille la lumière
C'est à ce moment que j'ajoute la brume, la clarté. Le tableau s'est révélé. Je ne vois plus seulement la perte - je vois le nouveau départ. Je ne vois plus seulement la mort - je vois le cycle de la vie. Le nid qui se vide n'est plus une fin, c'est une métamorphose. Un changement de forme.
Les mains qui laissent partir sont aussi celles qui ont donné la force de s'envoler. L'arbre déraciné peut prendre racine ailleurs.
La résilience n'est pas l'absence de souffrance, mais la capacité de transformer la douleur en sagesse, le désespoir en espérance.
L'alchimie de l'or : quand la métamorphose est complète
Alors viennent les fragments de feuilles d'or. Ils représentent l'alchimie qui s'est opérée. Cette magie ancestrale qui transforme le plomb en or, la souffrance en beauté, la peur en acceptation.
À ce moment, le tableau est complet. Il vit, il respire. Il m'a appris quelque chose sur moi-même, sur ma propre capacité à me transformer. Sur ma capacité à accueillir le changement, même quand il me terrifie.
Et c'est là que je sais qu'il ne m'appartient plus. Il porte son propre message au monde. Il pourra résonner chez quelqu'un d'autre qui traverse sa propre nuit, qui cherche lui aussi à apprivoiser ses propres départs, ses propres métamorphoses.
Mon processus créatif est un processus de guérison. Pas seulement pour moi, mais j'espère aussi pour ceux qui rencontreront mes œuvres. Car si j'ai pu transformer ma peur en acceptation sur cette toile, si j'ai pu faire de mon hypersensibilité non pas un fardeau mais un pont entre l'ombre et la clarté, peut-être que vous aussi, vous pouvez trouver votre propre équilibre.
Ma neurodivergence n'est pas un obstacle à ma création. Elle en est le cœur battant.
À travers ce blog, je continuerai à vous ouvrir ces portes - œuvre après œuvre, métamorphose après métamorphose. Car chaque tableau raconte une histoire différente du même voyage : celui qui nous ramène à nous-mêmes.
Chaque moment difficile est un miroir qui nous renvoie notre véritable nature : non pas ce que nous subissons, mais comment nous choisissons de le traverser.
Et vous, quelle alchimie attend d'être révélée dans votre propre chaos?




Commentaires